
La mort d'un enfant jumeau
Date: 19 novembre 2001 à 15:13:49 CET Sujet: Psycho. divers.
bonjour, j'aimerais recevoir les témoignages de parents qui ont, comme moi, affronté la mort d'un enfant jumeau, quand l'autre reste..
bien à vous.
Mon fils marcel a aujourd'hui 5 ans, son frère est né le deuxième et n'a pas survécu aux souffrances de l'accouchement, survenu au terme de 37 semaines. ils ont passé tous les deux 15 jours au service des prématurés. marcel, le premier né, avait froid et se nourrissait mal, mais il était considéré comme sauvé par les pédiatres. son frère fernand a été réanimé à la naissance, et son état s'est aggravé au fil des jours parce qu'il a fait des convulsions dès les premières heures. le pronostic était mauvais sans que l'on puisse nous affirmer quoique ce soit, l'équipe de pédiatres disait que parfois certains bébés s'en sortaient. je précise que tous les soins nécessaires lui ont été donnés, antiépileptiques de 4 sortes, et surveillance monitorée 24h/24 en couveuse ouverte. j'ai ainsi pu le prendre dans mes bras aussi souvent que son état (en particulier l'oxygénation) le permettait, mais aussi le toucher lorsqu'il était couché. à l'âge de 14 jours, nous l'avons fait baptiser, dans sa couveuse, par le prêtre du quartier. il est mort dans la nuit qui a suivi.
A la douleur incommensurable, se confondait la joie de voir notre marcel aller de mieux en mieux, et bientôt quitter la pédiatrie pour rentrer à la maison.
marcel et fernand étaient de vrais jumeaux, tout à fait semblables physiquement. rien ne laissait prévoir une telle issue lors de ma grossesse, qui s'est bien passée, j'ai juste passé les deux dernières semaines hospitalisée pour éviter la prématurité, au cours desquelles j'ai reçu un traitement de cortisone pour développer les poumons de mes enfants. les bébés étaient plutôt gros pour des jumeaux, chacun 3kg à 37 semaines, et je ne pouvais plus tellement avoir d'activités à la maison, alors j'ai assez bien vécu l'alitement avant d'accoucher, je n'avais pas de craintes particulières et une grande confiance en la nature. ceci était conforté par mon accoucheur qui prévoyait une naissance par voie basse, me voyant en forme.
c'était mon premier accouchement, depuis je n'ai pas eu d'autre enfant, et j'ai encore beaucoup de mal à vivre avec cette histoire, même si une psychologue, spécialisée dans le suivi des nouveaux-nés au service de pédiatrie où j'ai accouché, m'accompagne depuis 5 ans.
si je devais résumer ce que j'ai traversé durant ces années, je dirais d'une part qu'il est très difficile d'accepter ce qui n'est pas dans l'ordre des choses, la mort d'un enfant. d'autre part, que la mort d'un jumeau renvoie sans cesse à la vie de l'enfant qui reste, et inversement. et que tout cela est très lourd.
marcel est un garçon plein de vie, il sait qu'il avait un frère né le même jour que lui, et qu'il ne le reverra plus. il est parfaitement épanoui et mène une vie prometteuse. les satisfactions qu'il nous apporte sont sans égal.
je précise que si je parle à la première personne, c'est parce que je me suis sentie très seule dans mon couple pendant tout ce temps. à présent je ne vis plus avec mon mari, mais ceci est une autre histoire... l'homme qui partage ma vie aujourd'hui m'aide énormément à oublier.
je serais heureuse de vous lire si vous vivez une histoire similaire. on n'échange jamais assez dans ce genre de situations, rares heureusement, pour ma part je n'ai jamais rencontré de parents ayant vécu ce deuil particulier.
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